Adieu André !

Publié le : 06/01/2017 12:04:18
Catégories : Actualités & Billets d'humeur

André EveNé le 18 août 1931 en région parisienne, André Eve est arrivé à Pithiviers en 1958, pour reprendre les établissements Robichon, spécialisés dans la création de roses et également entreprise de paysage. Il peut alors donner libre cours à sa passion des roses et en particulier des variétés anciennes, tombées dans l’oubli pour laisser la place aux seules variétés modernes, aux fleurs souvent turbinées aux tiges raides et rarement parfumées.
En 1968, il crée sa première variété ‘Sylvie Vartan’®, ce premier essai se révèle être un coup de maître ! En 1978, il achète une maison et commence à concevoir son jardin, qu’il ouvre à la visite pour des amis. Lors de voyages en France et à l’étranger, il récupère des dizaines de variétés chez des collectionneurs ou dans des roseraies. En 1983, un article paru dans « Mon jardin, ma maison », va provoquer un engouement pour ces roses anciennes et pour leur ambassadeur. Les demandes affluent et André greffe ses premières roses anciennes pour les expédier à ses clients. 1985 voit l’impression du premier catalogue des Roses anciennes André Eve : une simple liste décrivant soigneusement 275 variétés, dont 60 botaniques ! Chaque année, le catalogue s’enrichit et les photos apparaissent, il comporte maintenant 100 pages et plus de 600 variétés.
Pour faire face à ce succès, André déménage en 1990 au lieu-dit Morailles, au sud de Pithiviers et autour de l’exploitation crée un jardin. En 2000, il prend sa retraite, tout en continuant à dispenser ses précieux et amicaux conseils à ses successeurs qui reprennent le flambeau, tout en conservant l’esprit d’André. Pendant sa retraite, il dessine l’agrandissement du jardin de Morailles, arpente les fêtes des plantes, en véritable ambassadeur de la maison et reçoit amis et visiteurs dans son jardin de Pithiviers.
Dans ses jardins, il a toujours associé les rosiers à des vivaces qu’il qualifie de meilleures compagnes, ainsi qu’à des clématites et des iris, en traçant des allées tout en rondeurs, empêchant de découvrir l’ensemble du jardin en un seul coup d’œil, mais obligeant le visiteur à déambuler dans ce parcours sinueux et plein de charme. Un modèle qui a été souvent copié par de nombreux visiteurs et André s’en félicitait car il pouvait ainsi partager les passions de sa vie !

 
Hommage à André Ève (par Ingrid Astier)
André Ève aura passé sa vie penché sur la beauté. C’était un saint homme. Mais aussi un bon vivant et je ne suis pas surprise qu’il ait réclamé du champagne avant de nous quitter. André aimait la vie, il n’aurait pas voulu que nous soyons tristes car il mettait du soleil dans chaque pensée. Il est parti en plein été, comme un fruit mûr que le ciel aurait cueilli dans son verger.
Je l’avais rencontré lorsque j’écrivais Le Goût de la rose. Il me parla de 'Sylvie Vartan' comme de l’un de ses enfants et il était fier d’être le père d’une tribu vaporeuse et nonchalante dans les roseraies. Jamais je n’ai vu un jardin aussi beau que le sien, à Pithiviers. Quand il évoquait 'Suzette', 'Suzy' et 'Suzon', on aurait dit un conte de fées. Nul, mieux que lui, ne savait laisser courir les lianes en liberté. Chez lui, elles allaient où elles voulaient. Elles le lui rendaient bien et, en cascades, des milliers de cœurs d’or chaque année lui souriaient.
Le secret de son jardin ? D’autres se seraient glorifiés de tout maîtriser. André, lui, répondait, amusé : « Les femmes ! » Ce sont elles qui lui auraient inspiré les courbes de l’Eden de Pithiviers… Comme s’il avait découpé les allées engazonnées en se calquant sur les hanches de Mae West, une actrice qu’il n’aurait pas boudée…
André Ève était un sage, aussi. Pour lui, la floraison, c’était « onze mois pour en rêver, un mois pour en profiter ! » Voilà l’un de ses adages de jardinier.
Heuchères, hostas, delphiniums, pivoines… Tu savais les marier, André, comme si ta main se cachait derrière la nature pour s’effacer.
À Guy Delbard et à toi, je vous dois le plaisir d’avoir baptisé 'Jardin de Grandville', ce rosier si délicat. Mais je te dois bien plus encore. Je te dois de ne pas voir les jardins uniquement peuplés de rosiers au port rigide, « taillés comme le buis et l’if », je te dois l’infinie poésie des roses anciennes qui, toujours, me fait me retourner sur ces belles indisciplinées. Fontenelle, dans ses Entretiens sur la pluralité des mondes, avait fait parler les rosiers. Dans le bruissement de leurs robes de bal, aux teintes de dragée, les roses murmuraient : « Nous avons toujours vu le même jardinier ; de mémoire de rose, on n’a vu que lui. Assurément, il ne meurt point comme nous ; il ne change seulement pas. »
Alors, André, au nom de toutes tes roses qui concourront à l’harmonie du monde, je sais que, comme la beauté, tu es du côté de l’éternité.
 

Ingrid Astier, écrivain et marraine de la rose ‘Jardin de Granville ®’

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